sme-05-2017

Editorial

Parmi les 12 à 13 millions d’Africains déportés, 1/3 était constitué de femmes.
Bien que minoritaires dans les populations d’esclaves, il n’en reste pas moins qu’elles ont constitué un socle économique, social et culturel fondamental de la société esclavagiste par :

  • leur force de travail (aux champs ou au sein des maisons)
  • la transmission culturelle à leurs enfants qu’elles élevaient seules
  • l’impact qu’elles pouvaient avoir sur l’éducation des enfants des maîtres

Pourquoi alors n’auraient-elles pas participé à la résistance et aux luttes de libération ?
Quelques noms ont toutefois franchi les barrières de l’oubli :
En Guadeloupe, les marronnes représentent le tiers des évadés à partir de 1760, elles participent à toutes les batailles, apprêtent les armes, soignent les blessés, transportent les morts. Les militaires français les jugent même plus féroces que leurs compagnons.
La figure emblématique est Mulâtresse Solitude (1772-1802) qui, lors du rétablissement de l’esclavage en 1802, s’illustre dans la bataille du 8 mai contre les troupes du général français Richepance aux côtés des troupes armées de Louis Delgrès.
Elle sera exécutée par pendaison la même année, au lendemain de son accouchement.

A la Jamaïque, Queen Nanny est une figure emblématique de la résistance des Marrons, née aux environs de 1686 dans le royaume Ashanti (actuel Ghana) en Afrique de l’Ouest et emmenée sur l’île de la Jamaïque en tant qu’esclave alors qu’elle n’est encore qu’une enfant.
Vers 1720, Nanny parvint à contrôler la région des Blue Mountains et lui donne le nom de Nanny Town, un territoire de 500 acres (2.4 km²) où elle fera habiter les esclaves qu’elle aura réussi à libérer. Elle sera tuée lors d’une attaque britannique en 1733.

Aux Etats Unis, née esclave en 1822, Harriet Tubman surnommée «la Moïse noire» a aidé pendant de nombreuses années les opprimé(e)s à traverser les routes clandestines qui les séparaient de la liberté. Militante convaincue, elle poursuit son combat dans l’antiracisme, puis en faveur du droit des femmes. A New York, Washington ou Boston, elle prend la parole pour revendiquer leur droit à voter. Elle meurt en 1913 dans un hôpital pour Afro-Américains qu’elle avait elle-même contribué à fonder.

Leur histoire reste mal connue car les livres retiennent les figures masculines du fait de la reproduction implicite du modèle sociétal patriarcal lors de la lecture des évènements.
Même la 1ère république noire n’échappe pas à cette règle. En effet, la première constitution d’Haïti en 1805 statue en son article 9 : « Personne ne peut être haïtien s’il n’est un bon père, un bon fils, un bon mari et surtout un bon militaire » !

Il est temps de leur rendre un vibrant hommage !

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